Se souvenir de Pierre Fréoux

L’église St-Gentien de Pluherlin était comble, vendredi 30 octobre, pour les obsèques de Pierre Fréoux, qui nous a quittés à l’âge de 94 ans. Nous étions là pour témoigner notre soutien à ses enfants et à ses proches. Mais aussi pour marquer notre respect pour un homme qui a durablement marqué sa commune et tout notre territoire.

À l’origine de Questembert Communauté
Il était du petit groupe d’élus du secteur Questembert/Rochefort-en-Terre qui avaient compris qu’il fallait sortir de l’ombre du clocher, dépasser les limites des communes, héritées des paroisses d’ancien régime, briser aussi les petites féodalités constituées par le découpage cantonal où le conseiller général se faisait le protecteur des petits maires et le relais zélé des pouvoirs supérieurs.
C’est donc tout naturellement qu’après les élections municipales de 1995, il s’est engagé pour la création d’une communauté entre les communes rassemblées dans le SIVOM des cantons de Questembert et Rochefort-en-Terre, malgré l’opposition farouche des conseillers généraux élus des deux cantons. Il n’a pas été possible d’embarquer tous les maires dans le projet : certains n’avaient pas encore compris l’intérêt de cette évolution, d’autres en étaient des adversaires résolus car ils craignaient de perdre leur influence. Au terme d’un mois de décembre échevelé, nous avons ensemble obtenu la création de la Communauté de Communes du Pays de Questembert : l’arrêté du préfet est daté du 31 décembre 1997.

Engagé dans un projet collectif
Le Général De Gaulle se moquait de ceux qui font chauffer leur petite soupe, sur leur petit feu, dans leur petite marmite, dans leur petit coin. Pierre Fréoux n’était pas de ceux-là. Il voulait porter l’ambition d’un projet collectif. En participant à la création de la communauté de communes, mais aussi en militant au sein de la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles du Morbihan. Et bien sûr en mobilisant ses concitoyens de la commune de Pluherlin pour créer la salle de sports, aménager le bourg, maintenir les commerces de proximité, conduire l’aménagement foncier. C’est lui aussi qui est à l’origine de la Fête du Pain, une fête populaire enracinée dans les pratiques traditionnelles mais ouverte sur les changements du monde.

À cette époque, la FDSEA, syndicat agricole majoritaire, défendait des positions proches de celles que propose aujourd'hui la Confédération Paysanne.

La marque de la JAC (Jeunesse Agricole Catholique)
Comme beaucoup de jeunes ruraux de cette génération, Pierre Fréoux n’avait pas pu faire d’études au-delà du Certificat qu’on passait à 14 ans. C’était un des regrets de sa vie. « Tu en sauras toujours assez pour toucher les bœufs », selon les mots de l’époque qui bornaient l’horizon des jeunes ruraux à la simple reproduction de pratiques ancestrales dans un univers figé. Heureusement, il y a eu la JAC, un mouvement d’action catholique né au début des années 30, qui s’est largement développé après guerre et qui a permis à tous ces jeunes de s’ouvrir au monde. Un formidable mouvement d’éducation populaire qui s’appuyait sur l’expérience vécue pour élargir la réflexion. Dans les paroisses, un vicaire était chargé d’animer les réunions en suivant la démarche Voir-Juger-Agir. Les jeunes parlaient de leur vécu, puis ils étaient amenés à porter un regard critique collectif sur les faits exposés avant de se projeter dans un programme d’action. Ça paraît tout simple, mais la méthode à permis à des centaines de jeunes ruraux de devenir des acteurs de la transformation concrète de la Bretagne.

La méthode de la JAC

Des histoires de vies
Au-delà des réunions locales, la JAC organisait des sessions d’une journée qui rassemblait des participants de plusieurs secteurs. Il y avait aussi les coupes de la joie, des rassemblements avec des épreuves sportives et des concours de chants, de contes, de théâtres (les jeux scéniques). Ces rencontres sont à l’origine de bien des mariages, comme celui de Pierre et Marie-Thérèse Fréoux.

Un héritage
« Il restera de toi… » Ce sont les premiers mots du chant d’adieu à la cérémonie. Ses proches ont dit les tendres souvenirs qu’ils garderont du père, du grand-père. Les élus d’aujourd’hui combien il avait enrichi le patrimoine à la fois matériel et immatériel de la commune. Nous tous, nous garderons le souvenir d’un homme d’une grande force de caractère, d’une attention permanente au bien commun et d’une bienveillance souriante jamais prise en défaut.

L'image du bandeau vient de la revue Jeunes Forces Rurales, un bimensuel créé par la JAC.À la fois magazine d'actualité et publication militante.

Samedi 24 octobre, Pierre Fréoux, avec son écharpe de maire honoraire, participait au mariage d’une nièce que célébrait son gendre, Jean-Pierre Galudec, maire de Pluherlin. Vie citoyenne, vie familiale, pour un homme heureux.

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