Lundi 16, quelque 50 élèves du lycée Marcellin Berthelot ont eu la chance de rencontrer Antoine Malo, grand reporter à La Tribune Dimanche pour évoquer avec lui sur son parcours professionnel, son métier, et les perspectives qu’il peut offrir aujourd’hui. Une heure riche de partage.

Qui est Antoine Malo ?
Grand reporter à La Tribune Dimanche (voir ses articles récents ici). Il était auparavant au JDD qu’il a quitté lors du changement d’orientation en 2024.
Il a assuré la chronique géopolitique de France Inter en août 2024. Il a publié en 2018 Prisonnières un récit à 2 voix celle d’une mère yézidie, Adoul, et celle de sa fille Ramia, captives de l’État islamique, enlevées en Irak en 2014.
Son parcours
S’il a accepté l’invitation, c’est qu’il est Questembertois d’origine et qu’il a gardé des contacts amicaux ici. Sa mère Martine Malo était infirmière libérale, rue Alain le Grand ; elle a pris sa retraite depuis plusieurs années et réside désormais sur la presqu’île de Rhuys. Il a donc commencé sa scolarité à Questembert (École Beau Soleil, puis Collège Jean-Loup Chrétien) avant de faire ses années lycée à Vannes (Lesage), puisque la partie enseignement général n’existait pas encore à Marcellin Berthelot.
Le bac en poche, il a tenté une année de médecine, où, dit-il, il a échoué lamentablement. Il a rebondi en fac d’histoire à Rennes2, puis il a rejoint l’IFJ (Institut Pratique du Journalisme, Université Paris Dauphine).
Après quelques années comme pigiste (journaliste payé à la pige, à la page), ce qui est le lot de beaucoup en début de carrière, il devient secrétaire de rédaction au Journal du Dimanche.
Le secrétaire de rédaction est chargé de relire tous les articles pour les corriger, raccourcir, compléter, et de faire les titres et intertitres. C’est du journalisme assis.
Il a la chance qu’on lui propose de faire du reportage, et de quitter la salle de rédaction pour aller sur le terrain. Avec des expériences fortes comme en Lybie en 2015 ou à Raqqa en Syrie, un reportage qui lui vaut le prix de la presse diplomatique.
Animateur de la Société des Rédacteurs du JDD, il s’oppose à la nouvelle direction imposée par le groupe Bolloré : Geoffoy Lejeune installé comme directeur de la rédaction vient de l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles. Il fait jouer la clause de conscience et rejoint la rédaction de La Tribune Dimanche en tant que grand reporter.
La clause de conscience est la possibilité pour certains professionnels (dont les journalistes) de refuser de réaliser un acte contraire à leurs convictions religieuses, éthiques ou morales. Elle est liée à la notion de liberté de conscience inscrite dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen.

Devenir journaliste, comment
Les lycéens l’ont interrogé sur la façon d’entrer dans le métier. Antoine Malo a répondu de bonne grâce. Souvent, on commence par des études de sciences politiques et ensuite on se spécialise dans une des écoles de journalisme (une quinzaine en France) ; mais on peut aussi se former dans des écoles en accès direct après le bac, comme le BUT Information et Communication à Lannion (mais il y en a d’autres en Bretagne). Un autre choix est de faire une formation plus spécifique (Sciences de la Vie, Médecine, Finances, Économie, etc) avant de s’orienter vers la presse en acquérant les techniques rédactionnelles. Et bien sûr, la concurrence est moins rude pour la presse scientifique que pour la presse sportive généraliste. Il y a aussi des journalistes autodidactes : il faut écrire, écrire, ou réaliser des petits sujets (audio ou vidéo) pour se faire la main. Et peu à peu, se constituer un réseau.
Des règles de base?
Des sources ! Au moins 3, qu’on valide, qu’on croise. Plus l’information est sensible (ex : Macron veut imposer une censure de la presse à lire plus bas), plus il faut creuser, vérifier, rechercher les motivations (qui veut me faire avaler cette couleuvre?) Les institutions, les organisations, les acteurs de la vie publique tentent souvent d’instrumentaliser le reporter, le journaliste pour faire passer leurs messages. Par exemple sous la forme de fuites d’informations, les leaks. (Luxembourg leaks, Pentagon leaks etc.)
Les fuites sont valorisées, elles révèlent des secrets ! Voir à ce sujet À qui profitent les leaks, fuites massives de données?
Croiser les sources est encore plus difficile pour le grand reporter dans les situations tendues : pour accéder au plus près des enjeux du terrain, il doit se faire aider par un fixer, qui établit les contacts, à ses risques et périls. Il faut éviter de devenir un agent d’influence au service d’un parti, d’un clan. Évidemment, il faut payer le fixer, et les grandes agences de la presse internationale ont des moyens considérables, bien plus que le reporter d’un seul journal.
Un risque majeur : la manipulation des faits
Les jeux d’influence, les fuites orchestrées peuvent induire en erreur le journaliste, mais il doit aussi avoir conscience de sa responsabilité et refuser la manipulation des faits. D’où l’intérêt d’une instance de régulation… Et la polémique lancée à partir d’une déclaration du président Macron lors d’ une rencontre avec la presse régionale du groupe EBRA à Mirecourt : il a évoqué la labellisation de la presse sur le modèle de la certification Journalism Trust Initiative de Reporters sans frontières RSF qui élabore et met en œuvre des indicateurs de fiabilité du journalisme et, par conséquent, encourage et récompense le respect des normes professionnelles et de l’éthique.
Toute la déclaration de M. Macron est ici avec une analyse de la polémique lancée par les média Bolloré là.
Plus d’info sur les métiers de la presse auprès de M. Hasni Kouider, conseiller d’orientation au Lycée Marcellin Berthelot, qui organise ces rencontres avec des professionnels.
Avec l’IA?
L’IA peut rendre des services, et certaines rédactions suggèrent de s’en servir pour déblayer les sujets, mais ça ne dispense pas de vérifier, et là encore de croiser les sources. Et puis il reste encore cette part d’humanité qui fait la touche, le ton, la patte, du journaliste.
Ici, un exemple d’article probablement produit par l’IA
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