Je veux pas le savoir

Le dérèglement climatique ? Je veux pas le savoir. L’effondrement de la biodiversité ? Je veux pas le savoir. Les avantages de la limitation de vitesse ? Je veux pas le savoir. Les radars ne sont pas une pompe à finances ? Je veux pas le savoir.

« Je veux pas le savoir », c’était la réponse du surveillant obtus au lycée d’autrefois, du gratte-papier trop flemmard pour tenter de comprendre, du cabot-chef caricaturé par Fernand Raynaud. Le signe éclatant de la bêtise autoritaire. Du temps passé ? Non, on voudrait le croire, mais, sous des allures plus bonhommes, plus subtiles, ce refus du savoir établi, vérifié, est toujours puissant. Et les arguments rationnels des experts sont présentés comme des manipulations des élites au pouvoir.

Ainsi, un présentateur, soi-disant journaliste, spécialiste de football, peut se permettre de renvoyer dans ses dix-huit mètres un Jancovici, polytechnicien (entre autres) à propos du réchauffement climatique. D’accord sans doute avec Donald Trump qui, devant l’assemblée de l’ONU, a proclamé que le changement climatique était l’arnaque du siècle.

Ne croyez pas à lire ces exemples que je suis bien loin de nos préoccupations locales : nous avons aussi chez nous les spécialistes du bon sens. En effet, selon eux, l’eau stagnante de l’étang de Célac, îlot de fraîcheur!, ne contribuait pas à augmenter la température de l’eau, la présence de poules d’eau et de canards avec 2 cygnes était un indice de forte biodiversité, car les arguments avancés par les spécialistes n’étaient rien qu’une manipulation des escrologistes (si, si le mot a été employé).

Ce serait pourtant intéressant de se mettre d’accord ensemble sur des faits vérifiés, de débattre ensuite. Mais non, c’est tellement plus facile de choisir l’invective.

Une réflexion sur « Je veux pas le savoir »

  1. Je veux pas le savoir : un exemple récent

    Un internaute publie sur un réseau social un hoax, un faux, qui a été démonté depuis plus de 10 ans.
    Il s’agit d’une publication attribuée à Evelyne Dupin (dont l’existence n’est pas assurée) : il n’y aurait pas de trou de la sécu. En effet, cela ce message
    savez-vous que :

    1) Une partie des taxes sur le tabac destinée à la Sécu, n’est pas reversée : 7,8 milliards.
    2) Une partie des taxes sur l’alcool, destinée à la Sécu, n’est pas reversée : 3,5 milliards.
    3) Une partie des primes d’assurances automobiles destinée à la Sécu, n’est pas reversée : 1,6 milliard.
    4) La taxe sur les industries polluantes destinée à la Sécu, n’est pas reversée : 1,2 milliard.
    5) La part de TVA destinée à la Sécu n’est pas reversée : 2 milliards.
    6) Retard de paiement à la Sécu pour les contrats aidés : 2,1 milliards.
    7) Retard de paiement par les entreprises : 1,9 milliard.

    Voilà, mais tout cela faux, démenti depuis… 2008.
    Voir cet article plus récent https://www.20minutes.fr/economie/2473015-20190315-verite-deficit-secu-pourquoi-fausses-explications-message-2008-toujours-partagees
    J’ai donc signalé ce fait à l’internaute, qui n’a ni corrigé, ni effacé.
    C’est faux? Tant pis, je veux pas le savoir.

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