Le projet de Questembert communauté, exprimé dans le PADD, prévoit d’offrir des logements abordables. Le mot dit bien la réalité que nous constatons tous : avoir un toit, un droit humain de base, est de plus en plus difficile pour beaucoup, et même presque inaccessible pour certains. Et quel que soit l’intérêt du modèle (je n’ai pas dit système) des tiny houses, il n’est pas possible de se contenter d’en faire la réponse – simple – au problème des personnes qui n’ont pas un revenu très élevé.

Tiny house, (toute) petite maison
À l’origine de l’engouement pour ces toutes petites maisons, deux raisons principales : s’affranchir du terrain (prix, aménagement, règles d’urbanisme) et désir de sobriété (vivre mieux avec moins, en réduisant l’empreinte écologique). En arrière-plan, vous pouvez imaginer des rêves comme ceux de Walden, la vie dans les bois, ou, plus populaires, de Ma cabane au Canada, sur la thématique du retour à la nature pour une vie autonome, autarcique, loin des tracas de la vie en ville. Pas de reproches dans cette observation : qui n’a pas rêvé de châteaux en Espagne ? Mais le fond, c’est d’avoir une maison à soi, et c’est un rêve inaccessible, en particulier pour les jeunes qui, même avec un salaire, ne peuvent se payer un loyer trop cher, sans parler de faire un emprunt pour acquérir un logement.
Si l’on reste sur le concret, la maison sur remorque, donc théoriquement mobile, est une solution acceptable, un moindre mal qui peut satisfaire les besoins surtout si on a choisi la sobriété. Mais une solution qui reste provisoire pour beaucoup : théoriquement mobile, la maisonnette ne peut pas rester sur un terrain plus de 3 mois.
Au-delà, les maires peuvent (doivent) intervenir et exiger le déplacement de la caravane, du mobile home, de la tiny house : ce sont les fameux pouvoirs de police du maire ! Car se posent les problèmes de réseaux, de l’assainissement, de collecte des ordures ménagères.
Le risque de la cabanisation
En dépit de la réglementation, les maires souvent font preuve de tolérance. Qui peut leur revenir comme un boomerang : comment exiger l’application des règles d’urbanisme s’ils tolèrent que s’implantent ici ou là des constructions qui s’en affranchissent totalement ? Installés sur des terrains agricoles ou naturels, en tout cas inconstructibles, ces habitats provisoires, parfois de bric et de broc (caravanes, utilitaires, camping-cars à bout de souffle), peu à peu, deviennent permanents et dégradent l’environnement. Au nom de la lutte contre la cabanisation, les préfets ont interdit et, parfois, fait détruire ces logements qui étaient pourtant une forme d’innovation sociale et qui, dans certains cas, permettent de faciliter des transmissions agricoles.
Des habitats légers
La loi ALUR (pour l’accès au logement et un urbanisme rénové, 2014) a ouvert un cadre légal pour les habitats légers, une expression qui regroupe les tiny houses, les yourtes, les containers aménagés et autres paillourtes ou tipis. Ces constructions doivent être réversibles, sans fondations en dur, démontables pour laisser le terrain à son état naturel, sans artificialisation. Une façon de proposer du logement sans compromettre le ZAN (Zéro Artificialisation Nette). Plusieurs collectivités ont déjà lancé des projets de hameaux légers, comme tout près de chez nous, la commune de Pluherlin. Sur un terrain de 1800 m², loué par la commune (bail à long terme), il y aura 6 habitats légers, un bâtiment et des espaces extérieurs partagés.
(Voir ici Présentation plus complète du projet).

Grand-Champ, Plumelin, des expériences près de chez nous
La commune de Grand-Champ a franchi un pas important en installant, sur un ancien camping municipal, un hameau de 29 tiny-houses, pour une partie (19) proposées à la vente et pour l’autre mises (10) en location sociale par Morbihan Habitat. (Voir une description plus complète ici). Le projet inclut un garage à vélos et poussettes ; un local commun complétera l’ensemble, avec salle commune, chambre d’amis, buanderie. À Plumelin, c’est une proposition différente : pas de sur-mesure, pas d’implication des futurs habitants, pas de projet collectif, mais une réponse strictement technique, commerciale, portée par une entreprise de construction modulaire. (Voir l’article de la Gazette). Du clé-en-main, qui peut séduire par son prix : des logements de 20 à 60 m² au prix de 2000€/m². L’ensemble reste sur le modèle pavillonnaire, même s’il prévoit une maison commune comportant une conciergerie, une salle multifonctions, un point d’accueil et, éventuellement, une buanderie et un logement supplémentaire. Autre point positif : les véhicules restent à l’extérieur du lotissement. Là encore, le logement est dissocié du foncier : le terrain reste propriété de la commune.
Une vidéo du Télégramme sur les tiny-houses de Grand-Champ
D’autres exemples avec Bruded
L’association Bruded est un réseau de collectivités bretonnes engagées dans des réalisations concrètes de développement durable et solidaire. L’urbanisme et l’habitat figurent parmi les thématiques expérimentées par les élus. Ainsi, l’association a recensé des réflexions et des réalisations sur l’habitat léger. A Plessé, par exemple, la commune a voulu faciliter l’installation en agriculture avec l’habitat réversible.
Des logements décents pour tous
Décents, abordables, mais pas au rabais pour les personnes qui n’ont pas un revenu très élevé (c’est une citation!). Voilà quel est l’enjeu réel de ces propositions, qui nous aide à faire le tri entre les propositions. L’histoire nous donne quelques exemples. Dans les années 30, la loi Loucheur a permis à des ménages sans gros moyens d’accéder à des logements de qualité pour l’époque. Plus récemment, au tournant des années 60/70, le ministre Chalandon lance un programme de maisons bon marché, qui ont été baptisées les chalandonnettes. Quelques années plus tard, Albin Chalandon reconnaissait lui-même l’erreur : « Ces maisons ne sont pas à patrimoine transmissible » ! Malgré tout, certaines résistent encore et, rénovées de fond en comble, offrent des logements satisfaisants. Parfois cependant, la seule valeur est celle du terrain, s’il est bien situé : on achète deux maisons jumelles, on rase tout et on construit une très belle maison. Dans la même veine, en 2005, Jean-Louis Borloo lance son programme des maisons à 100 000 €. À Ploërmel, le maire fait de la surenchère : ses maisons à 50000€ sont un flop retentissant. https://www.ouest-france.fr/bretagne/ploermel-56800/les-maisons-dites-50-000-eu-cest-fini-2600130 De quoi aborder avec prudence les projets de maisons bon marché. Ce qui ne doit pas empêcher la détermination à fournir à tous des logements décents. Mais on voit bien qu’une des conditions est de dissocier l’habitation du foncier qui la supporte.
L’exemple à ne pas suivre : les trailer parks
Les États-Unis nous donnent à voir un modèle à ne pas suivre : les trailer-parks, des aires de camping-cars qui sont devenus des résidences permanentes, comme une alternative à la construction de maisons conventionnelles (coût plus faible de construction sur un terrain loué). Voir Le Monde diplomatique Le petit peuple des mobile homes.

Répondre aux besoins, et aux attentes
Accéder à un logement est une condition minimale pour la dignité. Mais n’est-ce pas un affront de n’offrir que des variations dégradées ? Il faut donc des logements de qualité, mais il faut aussi tenir compte des attentes, des désirs de vie plus simple, plus économe, plus sobre. Et donc proposer des logements plus économes en ressources, qui visent à l’autonomie énergétique. Et qui facilitent la vie sociale, les échanges et le partage.

Pour en savoir plus sur les maisons Loucheur, un article sur les réalisations à Lille.
https://shs.cairn.info/article/RDN_374_0173/pdf?lang=fr&download=1&ID_ARTICLE=RDN_374_0173
Il y en a aussi à Questembert, mais ce sont des pavillons isolés