On dirait du Trump : 60 milliards engloutis par les associations! Pour parler de la une de cet hebdomadaire, le meilleur titre est celui du documentaire de Joachim Lang consacré à la relation entre Hitler et Goebbels, son ministre de la Propagande. Le titre a été repris pour deux émissions de France TV, consacrée l’une à la rumeur sur Brigitte Macron et l’autre à Elon Musk, et aussi pour une série de podcasts.

Plus le mensonge est gros…
Cette idée du gros mensonge (große Lüge) est attribuée à Goebbels lui-même, bien qu’elle soit exprimée d’abord dans la bible hitlérienne Mein Kampf. Vous lâchez une énormité (Mme Macron est un homme, par exemple) et vos interlocuteurs n’imaginent pas que cette énormité puisse être un mensonge et ils commencent à vous croire. Exactement la technique mise en œuvre dans ce magazine, avec ce titre choc : 60 milliards ENGLOUTIS par les associations. Et immédiatement au-dessous, la couverture désigne le bouc émissaire responsable de cette insupportable gabegie : l’immigration, premier poste de subvention aux associations. Une ligne qui représenterait 25,2% (notez la virgule, ça fait calcul sérieux).

La réalité est bien différente : si l’on regarde le jaune budgétaire de 2024, document officiel de préparation du budget, sur lequel s’est fondé l’analyse d’Hexagone, dans le montant total des aides aux associations (11 012 M€, 11 milliards, bien loin des 60), le montant qui apparaît à la ligne Immigration, asile et intégration représente 1 M€, soit 9,1% (moi aussi, je mets la virgule), et non pas 25,2%.

Notez que ces montants ont fortement baissé pour 2026, comme on le voit dans le tableau ci-dessous.

Revenons aussi sur le chiffre qui fait le titre : d’où viennent ces 60 milliards engloutis dans les associations ? Eh bien, on le trouve, approximativement, en additionnant les aides directes de l’État, celles des collectivités locales (Régions, Départements, Communes), les dépenses fiscales liées aux dons, mais aussi les produits des commandes publiques : les associations produisent des biens qui sont achetés par les différents échelons des pouvoirs publics, de l’État aux collectivités de base. Tout cela ne fait pas une analyse qui pourrait éclairer le débat : c’est un bouillon de statistiques, une soupe indigeste.
Il faudrait compléter en tenant compte des services rendus à toute la société par les associations et les bénévoles qui les animent. Prenons un exemple local : l’ADMR produit des services aux habitants, services pour lesquels l’association est rémunérée par les bénéficiaires qui eux-mêmes peuvent bénéficier de réductions fiscales. Mais qui paie pour le travail des bénévoles qui gèrent l’association? Et ne parlons pas des associations qui font marcher les clubs sportifs, les cinémas comme le nôtre à Questembert.
Hexagone, un institut spécial
Pour soutenir ces affirmations clairement mensongères, et y donner un vernis de crédibilité, l’hebdomadaire se fonde sur les travaux, sûrement scientifiques, de l’INSTITUT Hexagone, un THINK-THANK, comme on dit pour faire chic. Si vous avez le temps, lisez cette étude qui a servi de base à l’article. Regardez les autres productions. Ensuite demandez-vous qui finance ces chercheurs. Vous allez tomber rapidement sur le dénommé Pierre-Édouard Stérin, milliardaire français, réfugié fiscal en Belgique et sur son projet Périclès (pour Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes). L’Humanité en a donné une description détaillée à découvrir ici. Ils se disent chrétiens, mais ils semblent avoir oublié le 8ème commandement Tu ne mentiras pas. Plus que du Décalogue de Moïse, ils s’inspirent plutôt de la Propagandastaffel, l’escadron de la propagande de Goebbels.
Les associations, richesse de la nation
Sous prétexte de défendre l’argent public contre la gabegie – ce qui est une exigence citoyenne – il s’agit de saper globalement la confiance dans le monde associatif, de
fragiliser tous les contre-pouvoirs qui pourraient défendre l’intégrité de notre démocratie. Le monde associatif qui fait vivre ensemble dans l’anonymat des bénévoles par milliers, comme les combats de la Résistance rassemblaient celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas que le poète Louis Aragon évoque en 1943 dans son poème La Rose et le réséda.
