L’audace de l’espérance : bonne année 2021

Pour l’année qui va commencer, sans doute comme celle qui s’achève, les vœux de bonne santé s’imposent ; mais il faudra sans doute quelque temps avant que les effets de la vaccination nous rassurent et viennent nous libérer du confinement et des angoisses. Cependant, j’ai voulu vous proposer avec cette citation de Barak Obama d’oser l’espérance pour nous-mêmes, pour notre petite patrie questembertoise, pour la France, l’Europe et le monde. J’y ai ajouté l’image d’un chêne séculaire, enraciné dans le passé et solide pour l’avenir.

Carpe diem ? Profitons de la vie ?

Évidemment, dans ces moments difficiles, nous attendons tous de pouvoir nous sourire sans masque, nous retrouver au café, dans les restaurants, au cinéma, n’importe où d’ailleurs, puisque ce qui nous manque le plus, ce sont… les autres, nos proches, nos amis, aussi bien que les gens qu’on croise dans la rue, au magasin, avec qui on parle du temps qu’il fait, de tout et de rien. Nous attendons de prendre à nouveau du « bon temps », de cueillir le jour, carpe diem comme le suggérait le poète latin. (voir les pages roses du Petit Larousse). De profiter de la vie. Sans souci !

Soit, profitons-en vraiment. Sans oublier cependant que nous n’y parviendrons pas tout seuls, dans notre coin, en mode confiné, en quelque sorte. Sans oublier que la victoire sur le COVID-19 ne sera pas possible sans l’union des forces : le respect des gestes barrières, et, surtout, le vaccin quand il sera accessible à tous.

Sans compter sur des forces magiques, ni les craindre…

N’attendons pas notre bonheur de la Providence, d’une conjonction favorable des astres, ni, plus concrètement, du soutien de l’Etat-Providence. Ne craignons pas non plus les élucubrations des prophètes de malheur qui nous parlent du nouvel ordre mondial, du grand reset. En temps de crise, apparaissent tous les faux prophètes, aussi bien ceux qui promettent le salut miraculeux par le grand soir de l’avenir radieux que ceux qui nous annoncent la terrible chevauchée des cavaliers de l’apocalypse. Magie blanche qui nous rassure, magie noire qui nous menace de la colère des dieux ou de la nature. Les uns nous rassurent et nous bercent de douces illusions, les autres nous glacent de terreur. Tous nous livrent à un destin, à une fatalité, sur lesquels nous n’aurions aucune prise.

Par Viktor Vasnetsov — http://lj.rossia.org/users/john_petrov/166993.html, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2649874

L’avenir sera ce que nous en ferons

Non, nous ne sommes pas soumis à une destinée inéluctable. Nous pouvons faire des choix, décider de notre avenir qui sera ce que nous en ferons, pour nous-même et pour notre pays. Ainsi, 2021 sera vraiment une bonne et heureuse année.

Wendelin Jacober, https://pxhere.com/fr/photo/126865

Des responsables peu responsables, des citoyens sans civisme

La crise sanitaire que nous vivons a été une vraie révélation pour moi. Je savais déjà qu’en matière de football, nous avions chez nous presque autant d’entraîneurs/sélectionneurs que d’habitants, en tout cas autant que de téléspectateurs sur leur canapé, la bière dans la main gauche et le paquet de chips dans la main droite. J’ai découvert avec la pandémie du COVID-19 que nous avons aussi 50 millions de spécialistes en virologie, infectiologie, en santé publique, et bien sûr en futurologie. Je savais qu’il y en avait beaucoup au comptoir des bistrots – au temps où ils étaient ouverts ; j’ignorais qu’ils étaient aussi nombreux parmi les responsables politiques et chez les philosophes ou politistes patentés, parfois encouragés par d’authentiques savants.

Couvre-feu

Une grippette saisonnière ? Mais y a plus de saisons

Rappelez-vous, c’était seulement une « grippette » saisonnière qui allait nous laisser en repos dès que viendraient les beaux jours. Rien de tel qu’un peu d’hydroxychloroquine avec une pincée d’azithromycine – c’est bon pour tout – pour dissiper la fièvre. Et encore chez nous, on a échappé à la purge proposée par le président Trump, le commander in chief, lui aussi promu infectiologue/virologue : il suggérait de se faire des inhalations à l’hypochlorite de potassium (solution à 4 % NaCI + H2O + NaCIO). Si Richard Anthony était encore de ce monde (oui, on va me dire OK boomer!), il nous proposerait certainement son Sirop Typhon, dont on ne savait si c’était du mir-vaisselle panaché ou l’universelle panacée….

Les mêmes grands spécialistes nous ont dit que non, non, il n’y aurait pas de deuxième vague. Puisque c‘était une grippe saisonnière. Mais, comme vous le savez, y a plus de saisons… Quand la deuxième vague est arrivée, ils ont reproché aux autres de ne pas l’avoir prévue, ni anticipée.

A leur décharge, il faut dire que du côté du gouvernement, on n’a pas été bien malin : les masques étaient inutiles… puisqu’on n’en avait pas. Sur ce sujet, comme sur bien d’autres, la vérité d’un jour était une erreur le lendemain, avant de revenir le jour d’après.

Enfin chacun avait la bonne idée, la seule bonne solution, les autres avaient tout faux. Et l’on a entendu plusieurs de ces porte-parole autoproclamés des chefs de cliniques. Avec des changements de costume à vue : face, vous aviez une prestigieux chef des urgences d’un grand hôpital parisien, et pile, le même devenait un poids lourd du parti Les Républicains, complètement objectif sur le sujet, sans doute.

La COVID à pépère ? Gouverner par la peur ?

A côté des criailleries politico-scientifiques, nous avons eu droit aussi aux hypothèses les plus délirantes du grand complot. Passons sur ceux qui ont raconté que ce virus e était une invention maléfique des Chinois, de l’Institut Pasteur, du lobby du nouvel ordre mondial à la botte de Bill Gates et de Big Pharma. Moins ésotérique, mais aussi insidieuse était l’affirmation que cette maladie, somme toute bénigne (en tout cas tant qu’on ne l’a pas eue, n’est-ce pas M. Onfray?) était le moyen pour instiller la peur chez les pauvres gens afin de les manipuler et de les soumettre à une dictature douce. « Allons, ne soyez pas des moutons dociles, le pouvoir profite de la pandémie pour vous priver de vos libertés .»

D’ailleurs, la preuve : la maladie touche principalement les vieux, c’est le COVID à pépère, et les vieux sont et seront les électeurs les plus dociles… si on leur fait bien peur ! Etant moi-même assez avancé en âge, je dois dire que je n’ai pas trop peur pour moi ! Après tout, on verra bien. J’ai cependant pris quelques précautions au cas où : j’ai rédigé mes directives anticipées  pour éviter de finir ma vie à l’état de légume, comme Vincent Lambert.

Pour moi, c’est assez clair, mais autour de moi, il y a des gens que j’aime, plus âgés ou moins. Et j’aimerais bien les garder.

La misère des hôpitaux, les carences des EHPAD 

La crise sanitaire est un formidable révélateur de notre système de santé. Qui manque sérieusement de moyens tant en équipements qu’en personnel. Les gouvernants d’aujourd’hui ont leur part de responsabilité : le 3 avril de cette année, le directeur de l’ARS du Grand-Est estimait qu’il n’y avait pas lieu de remettre en cause la suppression sur cinq ans de 174 lits (sur 1 577 en 2018) et de 598 postes au CHRU de Nancy (sur environ 9 000) !

Pourtant, la misère des hôpitaux ne date pas d’hier, elle tire son origine principalement du mode de financement instauré en 2004, la T2A, la Tarification À l’Activité. Dans un assez large consensus des politiques de l’époque ! La T2A a conduit à la course à la rentabilité, au détriment de la prévention, par exemple.

Tout cela s’inscrivait dans un contexte de réduction des dépenses publiques (la RGPP!). Un exemple parmi d’autres : dès 2007, Eric Woerth, député LR de l’Oise, alors ministre du budget affirmait qu’il y avait trop de lits à l’hôpital et il récidivait en 2014. Voir cet article du Quotidien du Médecin.

Il y avait donc chez nos politiques, avec quelques nuances, un relatif consensus pour réduire la dépense publique. Je dis bien chez nos élus, car nous les avions choisis démocratiquement. Persuadés que nous étions, presque tous, que nous payions trop d’impôts ! Et qu’il fallait pour baisser les impôts, baisser les dépenses. Enfin pour préciser, nous étions presque tous d’accord pour qu’il y ait plus d’impôts… pour les autres.

En salle de réa (vidéo AP-HP)



Les vieux sont les premières victimes de l’épidémie. Et la plus forte concentration de vieux, c’est dans les EHPAD, les maisons de retraite. D’où, les risques de propagation rapide de la maladie. Le bon monsieur Ciotti a découvert tout à coup cette situation dramatique. « On a laissé mourir les vieux », s’indignait-il au mois d’avril. Et au terme de la mission parlementaire d’enquête qu’il a conduite, il étrille la gestion de la crise par le gouvernement et fait des préconisations de bon sens : les EHPAD sont insuffisamment médicalisés (pas assez de médecins, d’infirmiers, de soignants). Il ne dit pas où il trouvera l’argent pour ça, mais après tout, il n’est que député d’opposition. Irresponsables responsables.

Confiner… les autres

Tout le monde a à peu près compris que moins on a de contacts, moins on risque la contamination. Le confinement, plus ou moins strict, a montré son efficacité : il ralentit la dispersion du virus, sans l’arrêter, car le virus est toujours là, et, quoi qu’on fasse, il faudra qu’il n’y ait plus assez de cibles pour sa propagation, c’est-à-dire quand une majeure partie de la population sera immunisée (plus de 60%) , soit pour avoir été touchée par le virus, soit par la vaccination. A ce jour, selon l’Institut Pasteur cité par BFMTV, à peine plus de 10 % des Français ont été touchés (sans forcément avoir été malades), avec des variations régionales : 3,6 % en Bretagne et 21,3 % en Ile-de-France.

Il faudrait donc maintenir le confinement, mais j’ai l’impression que le confinement, comme les impôts, c’est bien… pour les autres. Chacun a de bonnes raisons pour justifier que son activité n’est pas plus dangereuse que telle autre, que le service qu’il rend est au moins aussi essentiel que tous ceux qui sont ouverts. Et chaque intérêt particulier va trouver un interprète officiel qui va nous montrer qu’il s’agit de l’intérêt général, et que les arbitrages rendus ne sont pas les bons.

Moi aussi d’ailleurs, je trouve que ce serait bien d’aller au cinéma, de retrouver les copains au bistrot, de faire un bon dîner dans un restaurant sympathique… J’attendrai !

Joue-la comme Zidane, euh comme Merkel

Nos nombreux experts en santé publique sont prompts à nous trouver des exemples de bonnes solutions. Assez peu cependant se sont risqués à nous proposer de suivre la conduite de Trump ou de Bolsonaro, mais on a entendu la petite musique nous invitant à attendre l’immunité de groupe (la herd immunity, l’immunité du troupeau, selon la délicate expression de Boris Johnson). Plus généralement, on a cité le bon exemple de la Suède, et voilà que ça marche moins bien. L’Allemagne aussi s’en sortait mieux, mais aux dernières nouvelles, la situation s’est dégradée dramatiquement.

Alors soyons prudents, pour nous et pour les autres, sans céder à la panique, ni croire aux balivernes des gourous et faux prophètes (malgré leur barbe fleurie) et méfions-nous des yaka-faukon : la situation est bien trop complexe pour les réponses simplistes.

Voirie et Bâtiments, des travaux toujours recommencés

Rues de la ville, routes de nos campagnes, fossés à curer, trottoirs à niveler, pelouses à semer, bâtiments à repeindre, toitures à étancher… la vie de l’adjoint aux travaux et bâtiments n’est pas de tout repos. Jean-Pierre Le Métayer prend son rôle à cœur, sans perdre son flegme et sans s’énerver. Il nous parle de ses principaux dossiers.

On ne parlera pas beaucoup de la rénovation de l’école élémentaire de Beausoleil, et pourtant c’est un très gros dossier.

Oui, ce sera un très gros investissement de ce mandat. Et ça mérite un article particulier. Et le dossier est suivi au plus près par notre collègue Patrick Pons. Mais bâtiments, voirie, espaces verts, etc, c’est déjà tout un programme.

Commençons par les bâtiments alors : le patrimoine de la commune, c’est énorme, n’est-ce pas ?

Oui, la liste est longue, et j’ai beau connaître la commune, puisque j’y vis depuis 25 ans, je serais bien en peine de faire la liste, sans en oublier ! On a parlé de l’école, il y a aussi tout ce qui va avec! Les restaurants scolaires, la garderie, la maison de l’enfance, les aires de jeux.

On pourrait parler des chapelles et surtout de l’église, dont la structure comporte des faiblesses. Quant aux chapelles, elles ont toutes besoin d’entretien courant, mais aussi de travaux de restauration.

Il y a aussi la médiathèque, la salle Alan Meur, tous les équipements sportifs, les logements de la résidence Louis Thomas, de l’ancienne mairie, la maison du cimetière, et bien sûr la résidence du Parc (foyer logement, résidence autonomie).

Avec dans certains cas, des questions difficiles : que fait-on des bâtiments du Marchix (ancienne école publique) que nous avons dû fermer pour des raisons de sécurité ? Quel avenir pour les préfabriqués qui ont abrité le CCAS à côté de la mairie ? Même question pour la perception, boulevard St-Pierre : la DDFIP (le trésor public) ne l’occupera plus à la fin 2021.

Bâtiment communal, la Perception ne sera bientôt plus utilisée par les services fiscaux

La voirie c’est un gros sujet aussi, et beaucoup d’argent à mettre chaque année pour l’entretien.
Oui, on a 240 Km de routes de campagne, et donc 480 km de fossés à curer. C’est énorme, mais il ne faut pas se décourager : mettre assez d’argent chaque année pour maintenir notre patrimoine de voirie en bon état, et si possible l’améliorer. Ce qui implique une surveillance régulière, avec des interventions rapides dès qu’on repère un défaut et une programmation annuelle pour les plus gros travaux.

Des kilomètres de fossés à curer
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Justement, comment se fait la programmation des travaux plus importants ?

Pour les travaux de moyenne importance, on a ce qui s’appelle un marché à bons de commande ; on organise une consultation d’entreprises pour avoir une offre de prix sur une liste prédéfinie : le mètre de bordure, la tonne d’enrobé, etc. L’entreprise retenue est appelée pour réaliser les travaux sur les préconisations de notre bureau d’études. Pour les travaux plus conséquents, la mise en concurrence porte sur un chantier global : par exemple, les travaux d’isolation de la caserne des pongistes, réfection du toit de la salle de judo. Les réponses sont analysées par la commission des marchés et le conseil est informé des résultats.

Bureau d’études, entreprises, alors à quoi servent les comités consultatifs ? Comment ça marche ? Des visites sur le terrain ?

Les membres des comités consultatifs devront se faire l’écho de ce qui se passe sur le terrain, donc faire remonter les besoins. Et participer à définir les priorités, à choisir entre différentes options. Avec le groupe, nous irons sur le terrain pour évaluer les besoins et les classer en fonction de l’urgence. Nous voulons faire participer les riverains pour la mise en sécurité sur certains axes de circulation (Chez-Boissel, route de Serguin, Bocaran, Kerpage). Dans tous les travaux de voirie, on aura une réflexion pour la sécurité des piétons et cyclistes et, si possible, pour créer des liaisons douces entre les villages et le centre.

D’autre part, les habitants peuvent aussi directement signaler les problèmes, soit par téléphone, par mail à l’accueil ; ou encore en utilisant le formulaire du site internet de la commune. Voir ci-dessous.

Ton domaine, c’est aussi les espaces verts, où en est-on du zéro phyto ? De la « gestion différenciée » ?

Les espaces verts, ça se compte en hectares ! Même si les terrains de sports sont traités par les équipes de Questembert Communauté, il reste de grandes aires naturelles comme dans l’ancien camping, des pelouses plus petites et bien sûr les parterres fleuris dans la ville. La commune a sauté le pas du zéro phyto en 2013 et obtenu le prix régional. Il y a eu quelques flottements, mais désormais, c’est acquis. Mais nous devons tous nous habituer à voir des « herbes folles » sur les trottoirs. Et peu à peu faire passer le message de la gestion différenciée : on ne traite pas les grands espaces des aires naturelles comme le gazon des greens du golf.

Dans le bulletin municipal de février 2014

Il y a une carence qui a été fortement soulignée dans la campagne : les circulations douces, les pistes cyclables, les voies piétonnes, les espaces partagés.

C’est clair, c’est un manque flagrant et un sujet auquel il va falloir s’atteler : beaucoup de nos routes communales sont trop étroites pour définir des voies séparées pour piétons, vélos, voitures. Les cheminements doux tracés dans le PLUi sont plutôt des itinéraires de promenade ou de randonnée : j’ai été dans les responsables de la section randonnée de la BO et j’en sais quelque chose. Mais nous devons penser maintenant des trajets utilitaires. Un gros sujet.

Nos routes de campagne sont souvent trop étroites

Et le personnel dédié ?

Il y a 3 équipes, avec beaucoup de polyvalence : la voirie (4 agents), les bâtiments (5 agents) et les espaces verts (6 agents) sous la responsabilité du chef d’atelier au centre technique de Kervault. Je n’oublie pas les 3 agents qui nettoient la ville au quotidien ni les 2 meneurs de chevaux. Nous avons aussi 2 apprentis (un gars, une fille) aux espaces verts et une pour le cheval. Sous l’autorité du directeur des services techniques, assisté d’un technicien Voirie au bureau d’études. Au total, 26 personnes. Et il faut à la fois de l’autorité et du doigté pour piloter les équipes.

En tant qu’adjoint Bâtiments et Travaux, tu es en première ligne quand il y a de grosses intempéries.

Heureusement, ça n’arrive pas tous les jours ! Mais c’est vrai la tempête Alex nous a bien secoués au début octobre. La préfecture nous avait prévenus et tout le monde était mobilisé. Les services techniques ont été à la hauteur, mais aussi les pompiers, les services du Département, les agents d’ENEDIS et les agriculteurs ont eux aussi pris leur part. Il y aura d’autres événements de ce genre, comme il y a plus de vingt ans la chute d’une partie du clocher, l’énorme tempête de neige de 2004 qui avait privé Questembert d’électricité pendant près de 3 jours. En fait, ce que je crains le plus, c’est une grosse période de gel sévère : au dégel, les routes seraient complètement déstabilisées, le sous-sol serait transformé en boue… Et comment imposer des barrières de dégel limitant la circulation ? Il faudrait continuer à transporter les écoliers, à collecter le lait dans les fermes, à approvisionner les élevages en aliment… Il faut remonter, je crois, à 1986 pour une période comparable. Ça peut arriver, ce serait terrible.

Un pognon de dingue, vraiment?

Tout le monde se rappelle la citation, souvent sous sa forme incomplète, presque toujours hors contexte. Le président Macron s’est mis en scène préparant un discours sur la protection sociale. Ceux qui le souhaitent pourront se faire une idée par eux-mêmes avec la vidéo ci-dessous. On pourra aussi sans difficulté mettre en perspective le pognon de dingue dépensé pour les minima sociaux et les « miettes » accordées aux pauvres assujettis à l’impôt sur la fortune. Mais, ici, je veux réagir et partager une réflexion provoquée par ce que je vois sur les réseaux sociaux sur les « avantages exorbitants » dont bénéficient les plus pauvres de nos concitoyens. En m’appuyant sur un petit livre publié par ATD Quart-Monde: En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté.

Un titre optimiste : En finir avec les idées fausses sur les pauvres

Oui c’est un titre bien optimiste, parce que la première édition de cet ouvrage remonte à 2015! Et c’était l’aboutissement d’une campagne contre les idées reçues sur les pauvres lancée en 2012 au moment de la présidentielle. Le titre de 2015 annonçait déjà l’objectif de tordre le cou aux préjugés sur les pauvres et la pauvreté. En finir… Et chaque année, une nouvelle édition nous invite à En finir! Une édition enrichie… mais les pauvres et les préjugés sur le sujet sont toujours là : vous pouvez donc vous procurer l’édition 2020 pour la modique somme de 6 €. Pour 6 €, vous avez en 270 pages des arguments simples et vérifiés pour démonter 131 idées reçues, 131 idées fausses sur les pauvres et la pauvreté. Alors pourquoi vous en priver? Ça vous sera utile à vous puisqu’ainsi vous ne « partagerez » pas sur Facebook les idées fausses par exemple sur les bénéficiaires du RSA. Et vous ferez une oeuvre sociale utile. En prime, vous avez là une idée de cadeau de Noël.

Un petit livre pour 6 €

Affronter le réel… pour le changer

Idées fausses, préjugés nous maintiennent dans une sorte de confort : le monde va comme il va, les pauvres sont pauvres, on n’y peut rien changer, et les pauvres eux-mêmes semblent avoir renoncé! La pauvreté est une fatalité, et d’ailleurs, elle est héréditaire. Dès les premières pages, le petit livre s’attache à montrer les différents aspects de la pauvreté. D’abord la pauvreté monétaire pour laquelle on dispose – si on veut bien s’informer – d’indicateurs fiables : on est pauvre si on dispose d’un revenu inférieur à 60% du revenu médian. Le revenu médian partage la population en 2 moitiés : la première moitié touche moins et l’autre touche plus. En 2016, on était au seuil de pauvreté si on avait un revenu inférieur 1026 € mensuel pour une personne seule et 2155 € pour un couple avec 2 enfants. Et cela représentait 14% de la population. Et si l’on regarde la grande pauvreté (50% du revenu médian), on en était à 8% de la population, soit près de 5 millions de personnes!

La crise liée à la pandémie de COVID-19 a eu des conséquences plus graves pour les plus précaires, et, probablement, il y aura un million de pauvres supplémentaires à la fin de cette année. Les organisations caritatives ont tiré le signal d’alarme : plus de demandes d’aide aux Restos du coeur, par exemple. Voir cet article de France 24 Covid-19 : conséquence de la crise sanitaire, la pauvreté gagne du terrain en France.

Au-delà de la pauvreté monétaire, les statisticiens de l’INSEE observent aussi la pauvreté en conditions de vie et comptabilisent les personnes qui cumulent les difficultés dans 4 domaines : consommation, manque de ressources, retards de paiements, accès au logement. L’Observatoire des inégalités – un site essentiel pour ces questions – donne une bonne synthèse du sujet dans cet article Comment mesure-t-on la pauvreté en France ?

Mais ATD Quart Monde ne s’est pas contenté de ces informations statistiques nécessaires, mais non suffisantes pour comprendre le fond de ce qui fait l’exclusion sociale qui frappe les plus pauvres. Avec l’appui de l’Université d’Oxford, ATD Quart Monde a mené une étude internationale pour explorer les multiples dimensions de la pauvreté. La vidéo ci-dessous en trace les grandes lignes.

RSA, SMIC, travail, l’assistanat, etc

Parmi les idées fausses qui ont la vie dure, regardons d’un peu plus près celles qui sont liées au RSA : on « gagne » plus à ne rien faire qu’à travailler. C’est d’ailleurs l’annonce d’une aide spéciale de 150 €, liée aux conséquences de la crise sanitaire, qui a relancé la machine à bêtises sur les réseaux sociaux… ce qui m’a amené à réagir. Plus de détails sur cette aide dans cet article de Dossier familial Prime Covid de la CAF : qui y a droit ?

Mais la hargne contre cette nouvelle « prime à la paresse » (!?) n’est que le prolongement des idées qui traînent et perdurent sur l’avantage qu’il y aurait à préférer l’assistanat à l’activité. Eh bien, non, c’est faux, il vaut mieux travailler au SMIC que de s’attendre au RSA. Le tableau ci-dessous en fait la démonstration imparable.

Tordre le cou à 131 idées fausses

Ce n’est là qu’un échantillon de l’édition 2020 qui recense 131 idées fausses, regroupées en 2 grandes parties :

  • « Les pauvres sont coupables, » idées fausses sur les pauvres
  • « C’est bien beau, mais on peut pas faire autrement, » idées fausses sur les solutions.
    Tout est bien documenté, vérifiable et facile à lire : chaque rubrique compte en moyenne 2 pages dans ce petit livre. Pour 6€.

Une solution parmi d’autres : Territoires zéro chômeur de longue durée

Parmi les idées fausses démontées par l’ouvrage, il y a celle-ci : « On n’a pas besoin d’un travail rémunéré pour exister ». Eh bien si! L’expérience des Territoires zéro chômeur de longue durée montre bien que des personnes privées d’emploi depuis plusieurs années et qui avaient totalement décroché ont retrouvé confiance en elles-mêmes : la dignité de se sentir utile, de subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa famille. Près de chez nous, Pipriac et Saint-Ganton en Ille-et-Vilaine, ont lancé l’expérience en janvier 2017 et les résultats sont là! Comme on le voit dans cette vidéo proposée par Bruded, un réseau de partages d’expériences à laquelle notre commune vient de reprendre son adhésion (la municipalité précédente s’en était retirée).

Pour ma part, j’avais tenté de faire avancer cette idée au conseil de Questembert Communauté, comme je le raconte dans cet article de 2017 « Un territoire zéro chômeur de longue durée ». Sans succès, mais le parlement vient de décider tout récemment – le 30 novembre – de relancer et d’élargir l’expérience à 60 territoires au lieu de 10 auparavant. Il est temps de s’y préparer, car l’habilitation des candidatures se fera au 2ème semestre 2021. Mais on sait déjà que la municipalité de Boris Lemaire a déjà lancé la réflexion : Et si Questembert devenait un « Territoire Zéro Chômeur de longue durée?

Une commission agricole, pour quoi faire ?

Alain Louis

Le sujet a été débattu pendant un bon quart d’heure au conseil du 19 octobre (voir dans la vidéo des Infos du Pays Gallo entre 1:57 et 2:14) : le conseil a décidé de créer une commission agricole dont Alain Louis, adjoint en charge de la ruralité, sera l’animateur et le pilote. Il nous en présente les objectifs et trace les premières pistes de réflexion pour cette instance de démocratie collaborative.

D’où vient cette idée de commission agricole ?

Au cours de la campagne au printemps dernier, nous avons souvent discuté entre nous mais aussi avec les habitants rencontrés des relations entre les agriculteurs et les autres citoyens. D’un côté une partie des agriculteurs exprimaient la crainte que notre groupe perçu comme « écolo » se comporte avec agressivité. D’un autre côté, les « urbains » ont parfois des a priori négatifs sur notre agriculture. Agriculteur moi-même, je connais bien les problématiques de mon métier, mais je suis aussi conscient des attentes sociétales qui s’expriment aujourd’hui. Si j’ai accepté de m’engager dans l’action municipale, c’est avec la volonté de faire le trait d’union entre des univers qui se côtoient sans toujours se comprendre.

Et pour se comprendre, il faut se connaître : d’où notre choix de mettre en place cette commission agricole qui permettra de dissiper les ignorances, les préjugés et posera les bases de relations nouvelles, plus saines.

Des vaches nantaises

Qui sera invité à participer à cette commission ?

D’une part, il y aura des élus. Selon le modèle des autres comités, nous serons 6, quatre de la majorité, et un pour chacun des deux groupes minoritaires. Ensuite, nos premiers interlocuteurs seront les agriculteurs et nous aurons aussi des représentants des autres ruraux non agriculteurs.

Mais nous voulons d’abord aller au contact ! Nous proposerons des réunions par quartier dans les chapelles : elles sont bien réparties sur le territoire et ce sont des lieux « neutres » pour éviter de privilégier un type de production par rapport à un autre.

Et vous attendez quoi de cette commission agricole ?

D’abord une interconnaissance : les gens se côtoient sans se connaître. Ce n’est par hasard si dans notre premier magazine municipal après notre installation, nous avons consacré 6 pages à l’agriculture. L’agriculture, ce sont des hommes et des femmes : en 2017, l’INSEE, dans son dossier complet de Questembert, recensait 63 ménages d’exploitants agricoles, et au total 125 personnes relevant de ce statut. Ce sont aussi des entreprises personnelles ou en association avec des emplois directs et bien sûr des emplois indirects. Le poids économique direct de l’agriculture c’est, à l’échelle de Questembert Communauté, près de 100 M€.

Mais l’activité agricole utilise occupe plus de la moitié de la surface du territoire communautaire (56%), et un peu moins de 50 % pour la commune de Questembert.

Le blé qui lève (phot S.Durdux)

A côté de ceux qui vivent de leur métier lié à l’agriculture, il y a tous les habitants qui ont d’autres professions. Certains ont des liens familiaux ou historiques avec l’agriculture, d’autres sont des urbains qui habitent à la campagne, par choix, par opportunité, ou pour toute autre raison. Ces néoruraux ou rurbains ont d’autres attentes : par exemple être tranquilles le soir ou le week-end, sentir l’air de la campagne plutôt que les odeurs des épandages de fumier. Du coup, je me permets déjà de rappeler que le fumier, le lisier sont des engrais naturels : conformément aux principes de l’économie circulaire, le déchet d’une activité (par exemple la production de lait) est une ressource pour une autre activité.

Et puis nous devons aussi réfléchir collectivement aux espaces de déprise agricole : les landes ont été abandonnées, les fonds de vallée ne sont plus fauchés ; souvent ces terres sont en voie de fermeture, et donc souvent en perte de biodiversité.

Fond de vallée, zone humide en voie de fermeture

Je n’oublie pas non plus d’autres usagers de l’espace rural : chasseurs, pêcheurs, randonneurs ou simples promeneurs. Notre groupe de réflexion devra entendre aussi leur point de vue.

Pourquoi cette commission est-elle restreinte au territoire communal ?

Pas tout à fait, le volet économique ne peut être travaillé qu’au niveau intercommunal, la communauté a d’ailleurs créé un comité de liaison élus/agriculture pour le PLUi. Mais les questions que j’ai évoquées plus haut comme les relations entre agriculteurs et ruraux, espaces de déprise, autres usages gagneraient sans doute à être travaillées au niveau intercommunal. Mais chaque chose en son temps.

D’ailleurs, il y a une instance d’échanges entre les agriculteurs et les élus de Questembert Communauté, le « groupe agricole du territoire » ; une rencontre doit être prochainement organisée avec les nouveaux élus. D’autre part, SEM ‘AGRI, un groupe d’échanges professionnels entre agriculteurs, prépare une plaquette à destination des habitants de la Communauté.

Mais si on reste dans le cadre de la commune, comment vois-tu le résultat final ?

Ce pourrait être une charte de l’usage du territoire. Mais déjà, ma première réussite serait que chacun se parle ! Que tous comprennent que, pour bien vivre ensemble, nous devons être capables de nous mettre à la place de l’autre, pour voir notre paysage communal sous tous ses angles.

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