11 novembre : mémoire de nos morts

Ce matin, partout en France, les anciens combattants, les élus, les enfants des écoles, des citoyens en nombre sont réunis pour rappeler la mémoire de nos morts, des soldats, des combattants volontaires, de ceux qui ont versé leur sang pour la patrie. Avant la sonnerie aux morts et la minute de silence, on égrènera les noms gravés sur les monuments, des noms parfois mal prononcés, parce que désormais inconnus : Jarsalé devient Jarsal’, Pillet (comme gillette) rime avec millet.

Notre monument aux morts a 100 ans!

Dernières traces

Le dernier Poilu, Lazzaro Ponticelli, est mort en 2008, les rangs des anciens de la deuxième guerre mondiale sont de plus en plus clairsemés, et le flambeau du souvenir est porté par les soldats des guerres de décolonisation. Louis Aragon, dans son poème La guerre et ce qui s’ensuivit, évoquait l’effacement du souvenir des anciens combattants.

 Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit
 Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places
 Déjà le souvenir de vos amours s'efface
 Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri 

Mis en musique par Léo Ferré

Vous écouterez, comme moi avec beaucoup d’émotion, la chanson qu’en a fait Léo Ferré, illustrée par des images très fortes.

Commémorer, un acte civique et démocratique

Raviver le souvenir de ceux qui sont morts pour la patrie, faire connaître aux plus jeunes les faits historiques qui ont construit notre pays, cela reste une impérieuse nécessité. Pour bien marquer la différence ente le nationalisme et le patriotisme. Le nationalisme se nourrit de la haine de l’autre, il a fait résonner (et déraisonner) le Clairon de Paul Déroulède, il inspire Maurras, Barrès; son venin se répand aujourd’hui encore. Il avance masqué dans le nom usurpé d’un parti qui prétend représenter les Patriotes ! Le patriotisme, c’est la défense de la République, de ses valeurs, de ses principes, de sa promesse de liberté, d’égalité, de fraternité.

Faut-il rappeler que le dernier poilu, le dernier survivant de la guerre de 14, Lazare Ponticelli – ou plutôt Lazzaro Ponticelli – était un italien, un rital, que Joséphine Baker qui va entrer au Panthéon était une afro-américaine, meneuse de revue, devenue une héroïne de la Résistance (encore un mot galvaudé de nos jours). On ne peut pas oublier le rôle des bataillons d’Afrique dans le débarquement de Provence en 1944 (même si cela a donné le film Indigènes).

14-18 : une terrible saignée pour l’Europe et la France

Des pays dévastés, des millions de morts, de gueules cassées. Vue de chez nous, la marque de la boucherie est gravée sur le monument, elle l’est aussi dans l’église paroissiale. Elle s’est traduite dans les chiffres du recensement de 1921: 4071 habitants, alors qu’il y en avait 4357 en 2010.

Et pourtant l’espérance !

Évoquant la mémoire des nos soldats d’hier et d’aujourd’hui, au lieu de nous enfermer dans la tristesse ou la mélancolie, choisissons de construire tous ensemble notre avenir, sans nous laisser égarer par les aigris du déclinisme, sans nous en remettre à un destin inéluctable. René Char, poète et résistant, écrivait dans son recueil La parole en archipel :

Le réel quelquefois désaltère l’espérance. C’est pourquoi contre toute attente, l’espérance survit.

Notre monument aux morts a 100 ans. cela mériterait un peu d’attention si on parle de patrimoine? Et puis, on peut avoir un regard un peu caustique sur cette période où les monuments ont fleuri partout en France, en lisant le roman de Pierre Lemaître Au revoir là haut. Ou encore voir le film d’Albert Dupontel.

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