Deux frères, deux livres

Mon frère Pierre chante ! Il ne braille pas à se casser la voix comme d’autres, il faut quelquefois tendre l’oreille pour l’entendre. Il chante pour nous, ses proches, pour ses amis, et quelquefois un peu plus. Nous garderons pour nous ses interprétations de Reggiani, de Ferrat, ou des Compagnons de la Chanson. Mais il a aussi un répertoire de chansons traditionnelles et nous voulions transmettre ce répertoire au moins dans le cercle familial élargi. Par amitié, Stéphane Batigne m’avait promis de m’aider dans la mise en forme en vue d’une publication restreinte. Quand, au mois de novembre dernier, je lui ai transmis le tapuscrit, il a décidé de l’éditer à son compte, d’en faire un livre. Et comme mon propre livre Le parler gallo du pays de Questembert était épuisé, il a lancé une nouvelle édition révisée et enrichie de photos. Voilà donc 2 livres par 2 frères.

Une voix discrète, de belles chansons
Au fil du temps, Pierre s’est constitué un large répertoire de chansons entendues les jours de noces, dans les veillées, dans les soirées d’après battages ou autres corvées. D’abord les plus communes, celles que tout le monde ou presque peut chanter, puis d’autres plus rares qu’il a ramenées à sa mémoire par bribes en s’appuyant sur des souvenirs de contexte. « Celle-ci, je l’ai entendue aux noces de notre oncle Jean Le Maître; celle-là, Jean T. la chantait tout le temps les soirs de battage. »
Quand est venu le temps de la retraite, il a commencé à les copier sur des cahiers, sans chercher à y mettre de l’ordre. Après, il se les répétait, il les repassait comme on repassait ses leçons. Et il les chantait dans nos réunions de famille, ou avec ses amis du club de l’âge d’or de Limerzel.

Au son de la goule
La plupart du temps, ces chansons étaient interprétées a cappella, sans aucun accompagnement musical… ni sonorisation. Pour les chansons à écouter – les complaintes ou rimandelles – cela supposait un relatif silence; pour les chansons à marcher ou à danser, il fallait une voix assez forte et, si possible, des répondeurs qui accordent au chanteur le temps de reprendre souffle. Pierre ne manquait pas de souffle mais sa voix discrète l’empêchait de mener la marche ou la danse simplement avec le chant, au son de la goule, selon l’expression de chez nous. La chanson Nos pommiers sont ben fleuris est un bon exemple de chanson à danser, où les répondeurs viennent en soutien au chanteur. À comparer au Kan ha diskan.

En gallo?
Chez nous, comme, semble-t-il, un peu partout en Bretagne gallèse, la plupart des chansons sont en français commun. Quelques unes cependant comportent des traits phonétiques ou grammaticaux du gallo, comme les passés simples en i (il allit), des terminaisons en eu ou en aow.
Voir Quand j’allains vê ma promise (p. 20) ou Ma tantine Peunouille (p. 155)
Ils ont danseu si haou
Qu’on veuillait lou jartiaou (bis)
Les bon’femmes qui tint là
Disint qu’ça teu point baou
Ma tantine Peunouille
Mon tonton Peunouillaou
.

Un héritage à transmettre
Ses enfants voulaient le persuader d’en faire un recueil imprimé, plus facile à transmettre que des cahiers manuscrits. J’y tenais aussi et j’ai pris sur moi d’en faire un tapuscrit sur ordinateur, ce qui a rendu plus faciles la relecture et les corrections.
Mais que faire d’une chanson dont on n’a que le texte, sans avoir la musique ? Personne dans l’entourage ne saurait transcrire les airs sur des portées musicales, et bien peu sont capables de chanter une mélodie à la lecture d’une feuille de musique.
C’est là qu’est venue l’idée d’enregistrer toutes les chansons en vidéo et ensuite de les rendre accessibles à côté du texte avec un QRCode. Une tâche fastidieuse, avec des techniques d’amateur très rustiques, mais le résultat est là. À verser dans le patrimoine immatériel de la Bretagne gallèse.

Une présentation à deux voix
Le jour du lancement du livre à Limerzel, nous avons fait une présentation à deux voix. J’ai raconté comment on avait abouti à cette publication tandis que Pierre apportait des informations sur l’origine de ces chansons, où et comment elles se chantaient en donnant des exemples, par quelques couplets ou avec des chansons entières. Cela a bien plu aux auditeurs et nous sommes prêts à refaire l’expérience si on nous le demande.

Le parler gallo du pays de Questembert
La publication des Chansons à Pierre a conduit notre éditeur Stéphane Batigne à proposer une nouvelle édition augmentée et illustrée du Parler gallo du pays de Questembert. En attendant peut-être un petit fascicule de Beurdaceries, des bavardages qui donneront une idée de la langue pratiquée, de la langue de tous les jours (comme il y a les habits de tous-les-jours, pas ceux du dimanche).

Les Chansons à Pierre et Le parler gallo du pays de Questembert sont en vente au prix de 15€.

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