En préparant ce billet, dont j’avais déjà choisi le titre, j’ai découvert que c’était aussi celui du documentaire ou plutôt docu-fiction diffusé mardi 26 (et disponible sur la plate-forme france télévision).
Dimanche 24 août, le calendrier nous invitait à fêter les Barthélémy. Le nom est celui d’un des 12 apôtres et il est porté par bien des gens respectables. Mais plus que le prénom, ce qui nous reste aujourd’hui c’est la date ! 24 août 1572, le massacre de la St-Barthélémy, tuerie de masse où des milliers de protestants (les huguenots) ont été assassinés par des catholiques, au nom de la vraie religion, au nom de Dieu, le Dieu des catholiques étant théoriquement le même que le Dieu des protestants.
Aimer son prochain
Le cœur de la doctrine prêchée par les propagateurs de cette religion (sous leurs différentes bannières) s’exprime dans ce commandement : aime ton prochain comme toi-même. Et chez certains, il est facile de graduer en fonction de la proximité ou de l’éloignement. Comme le clamait il y a 30 ans un tribun éborgné, « J’aime mieux mes filles que mes nièces, mes nièces que mes cousines, j’aime mieux la France, j’aime mieux l’Europe, j’aime mieux le monde libre, etc. »
Si l’amour du prochain le plus proche est le plus tendre, le massacre de la St-Barthélémy confirme que la haine du plus proche est la plus cruelle : dans son ouvrage, Tous ceux qui tombent. Visages du massacre de la Saint-Barthélemy, l’historien Jérémie Foa a montré que pendant ces jours de colère on s’est entretué en voisins ! Au nom de Dieu, sans doute, mais aussi parce qu’il n’y a rien de plus insupportable que l’autre, notre presque semblable. Et d’ailleurs, parmi les sévices infligées aux victimes, les défigurations (on arrache les yeux, on coupe les nez) sont monnaie courante pour ôter l’humanité à l’hérétique, au mécréant, à l’infidèle, à l’apostat.
L’historien montre aussi que le massacre a aussi permis aux tueurs de s’accaparer les biens de leurs victimes. Comme à quatre siècles de distance, dans les années sombres de la guerre, dénoncer les Juifs pour s’emparer de leur maison et de leurs biens. À écouter pour aller plus loin.
Gagner son paradis
La motivation revendiquée, c’est d’abord d’appliquer la loi de Dieu : tuer des huguenots, des mécréants, c’est l’assurance de gagner son paradis. Avec effet immédiat, comme lorsque Samson meurt en provoquant l’écroulement du temple des Philistins (Juges 16, 30) ou bien, de nos jours, avec les attentats suicides. Et puisque, juste après la St-Barthélémy, on fête St-Louis, le roi croisé, rappelons que lui aussi a gagné le paradis en partant combattre les infidèles.
Dieu n’est pas grand
God is not great (How religion poisons everything), tel est le titre du livre publié en 2007 par Christopher Hitchens, et traduit en français en 2009. Selon lui, la religion en général (mais surtout les religions abrahamiques) est pleine de violence, d’intolérance, elle conduit au racisme, elle est hostile à la liberté de pensée, méprisante à l’égard des femmes et coercitive vis-à-vis des enfants. (voir ici une synthèse en 30 pages)
Mais je m’arrête là, ne craignant guère la colère de Dieu, qui est très miséricordieux, mais redoutant celle de ses zélotes.
Y a-t-il un espoir quand même ?
Oui, sans doute la proximité peut faire naître la haine si on n’accepte pas complètement les différences. Il faut donc faire comprendre les différences, en montrer la richesse : tous citoyens, quelles que soient la couleur, la religion, l’opinion, etc.