Tantôt, c’est la sécheresse, l’eau nous manque, tantôt ce sont des pluies excessives, nous voulons évacuer l’eau au plus vite. S’il est impossible d’agir directement sur la pluie qui nous tombe dessus ou pas, il y a matière à réfléchir sur notre façon de la recevoir. Si la surface est perméable, l’eau va s’infltrer plus ou moins vite, si la surface est imperméable, l’eau va stagner, s’accumuler, ou se précipiter vers le point bas.
Opération décroûtage
Comme beaucoup d’autres communes, Questembert a végétalisé les cours d’école, et cela commence par un décroûtage des enrobés. L’enrobé, oui, ça fait plus propre: pas de boues aux chaussures pour rentrer en classe après la récré. Mais, en été, ça peut être brûlant, car le noir absorbe la chaleur et, en cas de pluie, c’est totalement impérméable et l’eau doit s’évacuer. La végétalisation ramène de la vie dans la cour, c’est moins chaud, moins imperméable.
La mairie a étendu l’opération aux stationnements autour de l’école avec des sols perméables afin de réduire le ruissellement. Pour les grosses opérations de voirie (Rues Alain le Grand et Joseph Le Brix, Le Maguéro), la commune a également le choix des parkings perméables végétalisés. Il en sera de même pour l’avenue des Genêts. Le système réduit considéralement le ruissellement et contribue à l’épuration des polluants. Voir ici Les parkings perméables, un outil pour réduire les pollutions.

Il serait souhaitable que les opérateurs privés et les particuliers adoptent la même démarche. Quelques opérations récentes montrent que souvent ce n’est pas le cas.
Une taxe à l’imperméabilisation?
J’entends déjà hurler à l’écologie punitive. Même de la part d’hydrologues patentés. Pourtant, si on y réfléchit un peu, sans vouloir donner de leçons, celui qui répand une nappe de bitume sur un part de sa propriété rejette l’eau de pluie vers le domaine public, et la collectivité est obligé de trouver des solutions pour réguler le ruissellement et empêcher les inondations. Ce qu’elle fait déjà avec les bassins de rétention comme vers le Pont-Plat ou au-dessous des Écotais pour maîtriser les flux trop abondants des pluies orageuses, qui ruissellent des toitures des maisons et des voies pubiques. Mais ceux qui viennent aggraver la situation ne devraient-ils pas contribuer à réparer les dégâts?

Une loi de 2010, au temps du président Sarkozy, permettait aux communes de lever une taxe annuelle sur les surfaces imperméabilisées, ce qui faisait contribuer ceux qui choisissaient le bitume ou le béton au traitement des eaux de ruissellement. N’était-ce pas une juste décision de leur faire payer les dégâts ? Comme vient de le faire l’agglomération GMVA (délibération du 18/12/2025).
Garder l’eau sous nos pieds !
À rebours de ce qui se faisait il y a encore peu de temps, l’idée est de retenir l’eau au plus près de son point de chute, et ensuite, de ralentir sa fuite au maximun, favoriser son infiltration (dans le mot infiltration, il y a filtration), la retenir dans des zones humides. Alors qu’auparavant, il fallait canaliser, drainer, assainir.
Bitumes, pavés, des espaces publics imperméabilisés
Pour faire du village ou du bourg une ville, il fallait rendre la circulation plus facile en toute saison : des voies stables pour les charrettes, des places où il soit possible de marcher sans s’enfoncer dans la boue. Dans les années 1950, le conseil débattai t souvent des rues et chemins, où il fallait faire des caniveaux, des ponceaux pour passer les rus, rempierrer. Et toujours, reboucher les nids de poule, éviter les flaques où s’enfonçaient les chaussures de ville. C’etait aussi l’époque du TOUT-À-L’EGOUT qui évacuait aussi bien les eaux de pluie que les eaux usées.
Et déjà, les grosses averses d’orage inondaient les caves, faisaient déborder la station d’épuration du Pont-Plat. La ville est devenue de moins en moins perméable : les toits sont étanches, heureusement, mais aussi les cours. Et les hydrologues (si, si, c’est un vrai métier) calculent le coefficient d’imperméabilisation : 0,8 pour une zone urbaine dense, ce qui veut dire que l’eau ne peut s’infiltrer que sur 2/10èmes de la surface totale.
Gérer les eaux pluviales
Alors, les municipalités doivent tenir compte de cette situation qu’ils ont créée, en réponse aux attentes, aux demandes des habitants. Demandes parfois formulées avec un peu de violence, comme le jour vient se plaindre que l’eau de la voie publique a dévasté son jardin d’agrément… oubliant qu’il avait lui-même écrasé l’exutoire installé par la commune quelques années plus tôt (avec une constitution de servitude). Et aujourd’hui, la gestion des eaux pluviales prend une tout autre orientation, et tout le monde est concerné : chacun doit prendre sa part pour garder l’eau qui va peut-être bientôt nous manquer.
