Pas un jour sans que le sujet des haies bocagères ne tombe sur mon fil d’actualité. Et si vous tapez haies bocagères dans un moteur de recherche, vous trouvez facilement une vingtaine de publications au cours de deux ou trois derniers mois. Et dans le même temps, si vous circulez ici ou là, vous voyez parfois souvent des chantiers surprenants. Comme celui que montre la photo ci-dessous.

Que montre cette photo ?
Sur ce qui était peut-être une haie, il ne reste que ces quelques arbres, comme orphelins. Les racines superficielles sont à fleur de terre, elles se dessécheront dès les premières chaleurs. Et, même, l’un des arbres semble avoir été écorché par un coup d’épareuse ; s’il s’en remet, il végétera quelque temps avant de dépérir. À côté, le semis de maïs est levé et le premier rang est au plus près de ce qui reste de la haie. Pas sûr que le maïs prospère dans ce contexte. Pourtant, il faut rappeler qu’une haie entrave le développement des cultures en bord de champ : moins de lumière, moins de ressources dans le sol, etc. Et l’on sait bien que le premier objectif des agriculteurs est d’obtenir les meilleurs rendements, ce que personne ne peut leur reprocher.
Pourquoi arracher des haies ?
Arracher des haies, c’est un des moyens de conquérir de nouvelles terres à cultiver. Un mouvement qui commence dès la préhistoire, et qui, en tout cas en Bretagne, connaît un accroissement formidable dans la deuxième moitié du XIXème siècle et se prolonge encore aujourd’hui. Il suffit de comparer ce qu’était ce secteur de Molac il y a 2 siècles et ce qu’il est aujourdhui. Ou encore de rappeler qu’au début du XXème, vers 1900, dans une ferme que je connais assez bien, la moitié de la surface était en landes.

Molac, cadastre 1825
au Nord de la Section B, seules quelques parcelles sont délimitées,
puis, c’est le no man’s land de Lanvaux.
Molac 2025, des traces de la forêt
vous repérez facilement les terres défrichées, conquises sur la lande. Des quadrilatères, parfois complètement enclavés dans les bois. Les marques des grands défricchement de la deuxième moitié du XIXème siècle.

Le remembrement, et les travaux connexes
Pour comprendre pourquoi le remembrement – le regroupement de parcelles dispersées – a été perçu comme une nécessité vitale, il suffit de regarder une photo aérienne de notre commune dans les années 1950. Ou encore, de considérer cette petite tenue (l’expression est sur l’acte de vente de 1962) de 3,21 ha qui comporte 11 parcelles, soit 3000 m² en moyenne ! Dans cette exploitation, notez « le grand courtil » sous labour dont la surface est de 9,32 ares, 932 m². Ce cas n’a rien d’exceptionnel. Une surface d’un hectare entourée de haies pouvait être appelée le grand parc. Et il arrivait qu’une telle surface soit partagée entre plusieurs paysans qui cultivaient, l’un, une parcelle d’une journée (environ 1/3ha), l’autre, une bande d’environ dix mètres de large, qu’on appelait une chaîne (10 ares). Sur cette photo aérienne (environ 15 ha), des parcelles entourées de haies et divisées entre plusieurs paysans.

La nécessité de regrouper les parcelles n’imposait sans doute pas de raser tous les talus, toutes les haies. Pourtant, les travaux connexes – leur appellation technocratique – ont bouleversé les paysages, transformé le bocage en mornes plaines. Et le traumatisme n’a pas frappé que la campagne, il a touché aussi l’ensemble du monde paysan, comme l’a bien montré l’ouvrage d’Inès Léraud Champs de bataille, l’histoire enfouie du remembrement. Dans un premier temps, les bénéfices ont semblé l’emporter largement sur les conséquences néfastes. Mais aujourd’hui, tout le monde perçoit combien les haies ont un rôle majeur dans les équilibres naturels.
À quoi servent les haies?
Leur utilité la plus visible était – est encore – de séparer des propriétés ou des parties de propriétés. Sans, la plupart du temps, constituer des clôtures totalement étanches, même quand elles étaient renforcées par des barbelés ou des grillages. Leur effacement, brutal lors des remembrements, par lambeaux désormais, en a révélé les multiples bienfaits : elles ne sont plus là pour retenir le ruissellement des eaux, pour empêcher le ravinement qui emporte la terre fine, pour protéger les troupeaux des effets du vent et du soleil, pour abriter les oiseaux prédateurs des insectes ravageurs des cultures, etc. Il faudrait protéger et entretenir celles qui restent et en créer de nouvelles.

Malgré cette prise de conscience, la disparition des haies continue, à un rythme qui s’est accéléré sur les dernières années. Et cette perte n’est pas compensée par les programmes de plantations, comme ceux que mène chez nous Eaux et Vilaine (28 km de haies pendant le dernier hiver). Mais lorsque c’est possible, il suffirait de laisser la haie se reformer toute seule. Par exemple, lorsqu’on passe l’épareuse en bord de route, il n’est pas nécessaire de raser le sommet du talus (voir Restaurer les haies bocagères ou les préserver?)
Entretenir les haies bocagères
Inutile de rappeler les évidences : l’entretien correct, ce n’est pas ce que montre la photo prise en Côtes d’Armor. Bien sûr, il est normal de ne pas laisser la haie s’élargir, mais il faut en garder la continuité, la trame verte. La taille de la haie peut d’ailleurs être valorisée de plusieurs façons :
– bois énergie, en bois bûche ou plaquettes. Après une première tentative avortée en 2010, Questembert Communauté s’est dotée en 2023d’une plate-forme de séchage et stockage qui alimente la piscine avec du bois de bocage collecté sur le territoire.
– le bois en litière, comme le pratique la Ferme de Bodreguin : ça coûte moins cher que la paille.
– le bois de paillage pour les jardins privés ou publics (le BRF, Bois Raméal Fragmenté).
Trois solutions pour valoriser les sous-produits de l’entretien de la haie. Trois solutions meilleures que le brûlage en plein champ qui ne laisse que ce tas de cendres.

Un article de Vie publique : La haie, un atout de planification écologique
