Fin juin, ce n’est pas encore l’été, et déjà deux périodes caniculaires, assez brèves mais violentes. Et la troisième pointe son nez. Preuves concrètes que le dérèglemement climatique n’est pas une lubie de professeurs Nimbus, mais une réalité. Canicules et sécheresses en été, pluies violentes et inondations en hiver. Les mêmes qui hier encore se moquaient des analyses du GIEC, alarmistes, produites par des prétendus savants politisés, fustigent l’impréparation de notre pays pour affronter ces catastrophes. Quel culot !
C’est normal, c’est l’été, il fait chaud
Ils ont d’abord tenté de nier l’évidence. Dans l’Heure des pros, jeudi 21 mai, le présentateur vedette de CNews se voulait rassurant : «Demain [vendredi], il y a 30°C. […] Donc vous pouvez être sûr [qu’]il va y en avoir partout [sous-entendu des sujets dans les médias]. J’ai déjà vu “chaleur exceptionnelle”. Non, c’est pas une chaleur exceptionnelle. Il y a des coups de chaud, à 30°C, comme il y en a régulièrement fin mai ou début juin. Et il insiste : Vous allez voir, la petite musique, sur toutes les antennes, alors qu’il a fait un mois de mai plutôt frileux. Donc les coups de chaud en été, il y en a toujours eu (enfin au mois de mai, pas souvent).
Certains continuent encore à minimiser la canicule ; le sénateur Duplomb, le 29 juin 2026, lors de l’ouverture du débat sur le projet de loi agricole, déclare : « je n’oublie pas non plus George Sand ; elle écrit en juin 1870 que sous des températures à l’ombre à 45°C, toute végétation avait disparu ». La manœuvre est claire : puisqu’il s’agit seulement d’un phénomène exceptionnel, il suffit d’avoir des solutions palliatives, par exemple des bassines installées sur des zones humides dégradées , comme lorsqu’on dimensionne un réseau d’eaux pluviales en se basant sur les pluies décennales. Et puisque George Sand le dit, c’est vrai, elle qui a aimé la campagne, les paysans, et publié des romans champêtres (La Mare au diable, La petite Fadette, François le Champi, Les Maîtres sonneurs.)

L’autorité de George Sand
Ça tombe bien, cette écrivaine intéressante est remise à la mode à l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de sa mort. Tout ce qu’elle a pu écrire devient parole d’évangile. Et en effet, dans son Journal d’un voyageur pendant la guerre, elle décrit un été que je n’ai jamais vu, que je ne croyais pas possible dans nos climats tempérés : des journées où le thermomètre à l’ombre montait à 45 degrés, plus un brin d’herbe, plus une fleur au 1ᵉʳ juillet, les arbres jaunis perdant leurs feuilles, la terre fendue s’ouvrant comme pour nous ensevelir, l’effroi de manquer d’eau d’un jour à l’autre. Elle écrit ces lignes en septembre 1870, lorsqu’après un été terrible, la France s’est effondrée en quelques jours dans la guerre avec la Prusse (Napoléon III capitule le 2 septembre à Sedan). Mais, si les climatosceptiques sont contents de trouver en George Sand un renfort opportun, nous ne sommes pas obligés de la croire sur sa bonne mine. Car son ressenti ne résiste pas à l’analyse objective. Elle a eu chaud, très chaud même. Mais 45° ? Non, sûrement pas, car il y avait déjà des mesures scientifiques, c’est-à-dire menées avec méthode et avec des instruments étalonnés, fiables (voir par exemple les mesures de la station météorologique de Vendôme pour juillet 1870).

Retourner sa veste quand on est en bras de chemise
Le coup de chaud a poussé les plus ardents pourfendeurs des experts du climat à retourner leur veste. Non, jamais, nous n’avons nié le déréglement climatique, on disait simplement que c’était un effet des cycles terrestres de long terme, sans rapport avec l’activité humaine, avec les gaz à effet de serre; non, nous n’avons jamais dit que c’était des inventions pour faire peur au peuple et le détourner des vrais problèmes (d’ailleurs l’air chaud vient d’Afrique, comme par hasard).
Que voulez-vous, le réel, c’est quand on se cogne, et ça fait mal.
Heureusement, ils ont trouvé les responsables : le gouvernement, l’Etat qui n’a pas anticipé, qui n’ont rien fait pour protéger les Français. Sauf que leurs représentants au Parlement et aussi au niveau européen ont toujours voté contre toute prise en compte des effets ou des causes du changement climatique.
Vive la clim‘
Ayant dénoncé les responsables, ils arrivent avec LA solution. Climatisation partout! Combien ça coûte? Dans le feu de l’action (il fait chaud), l’un propose de financer 30 à 40 millions de climatiseurs (entre 1000 et 5000€ l’unité, sauf chez Lidl, mais il n’y en a plus). Le jour d’après, on devient plus sérieux, on regarde la question froidement : c’est un grand plan de climatisation qui ne coûtera que 20 milliards pour les bâtiments publics et 20 milliards de prêt à taux zéro pour les particuliers.
Facile, quoi, y a qu’à, faut qu’on.

- Noter que ce grand plan s'étale sur 10 ans, ce qui est raisonnable (mais, jusqu'ici, fallait-il bloquer toute avancée sur le sujet?)
- Personne pour se demander si la climatisation ne produit pas quelques effets indésirables?
- Les chiffres volent dans tous les sens, mais, selon un responsable, les gens s'en fichent.
Des réponses plus complexes
Fournir une seule réponse, forcément simple pour ne pas dire simpliste, pour un problème complexe est pure démagogie. Pas la peine de chercher à comprendre pour soi-même, de partager la réflexion et le savoir avec les citoyens. Heureusement, peu à peu, l’information se diffuse dans la société. Voilà qu’on se met à planter de la vigne en Bretagne, qu’on réfléchit à végétaliser les cours d’école, qu’on lance des chantiers pour renaturer les zones humides. Et, depuis plusieurs semaines, la préfecture a lancé une alerte sécheresse, car, après un hiver marqué de pluies violentes et d’inondations catastrophiques, nous connaissons des mois très secs. On découvre aussi que, si nous savons construire des maisons qui nous protègent du froid, nos logements ne sont pas du tout conçus pour résister à la canicule ; au contraire, une fois que la chaleur est entrée, elle ne sort plus!

Le choix de la marche arrière
Les réponses apportées aujourd’hui ne sont pas satisfaisantes, il aurait fallu aller plus loin pour réduire les émissions de CO2 et des autres gaz à effet de serre, suivre au moins les recommandations de l’accord de Paris, signé en 2015 en conclusion de la COP 21. Mais qui a combattu les projets et propositions de loi susceptibles d’atténuer les effets du dérèglement climatique? Qui combat sans relâche le développement des énergies renouvelables? Qui refuse le Zéro Artificialisation Nette? Qui obtient la suppression des Zones à Faible Émission? Qui revient sur la réduction à 80Km/h sur les routes? Qui veut supprimer l’ADEME, l’agence de la transition écologique? La réponse est simple : ceux qui hurlent maintenant à l’impréparation de notre pays aux catastrophes climatiques. Il en faut du culot. Et du mépris pour les citoyens.

Haro sur les escrolos
Du mépris oui, et même de la haine, pour les élus et les citoyens ordinaires qui, sur le terrain, tentent de faire avancer les choses, à travers le PCAET de Questembert Communauté, à travers les chantiers de renaturation de nos cours d’eaux, le développement du photovoltaïque et de l’éolien. Eh oui, ce sont tous des escrolos ! Tel est le mot souvent employé pour désigner tous ceux qui se posent des questions sur les énergies renouvelables (inutiles, bien sûr), sur l’usage de la voiture individuelle, qui osent, quand c’est possible, se déplacer à pied ou à vélo, qui pensent qu’on peut être un bon Français sans se goinfrer de charcutaille arrosé de canons de vin rouge.

Comme toujours rien à ajouter, tout est écrit !
Bravo Paul
Le culot du RHaine ne devrait plus nous étonner !
Cependant, il en est d’autres qui « fustigent l’impréparation de notre pays pour affronter ces catastrophes ». Ils ont d’ailleurs déposé une motion de censure rejetée sans surprise par la droite extrême et l’extrême droite mais aussi par le PS !
Évidemment, les gouvernements successifs n’ont pas fait tout ce qu’il fallait, et les reculades récentes fondent la critique. Mais ni les Verts, ni le PS, ni la gauche en général (quoique sur les ZFE…) n’ont bloqué les maigres avancées obtenues pour lutter contre le dérèglement climatique.