La fontaine au creux du vallon

Elle est abandonnée, personne ne va plus y plonger le seau pour rapporter l’eau fraîche à la maison, aucun garçon ne s’attarde sur la margelle pour conter fleurette à la jeune bergère. Aucune vache non plus à paître paresseusement l’herbe tendre de la noë. Qui va se soucier de cette fontaine oubliée au fond du vallon du Bodan ?

Sauver la fontaine
Si rien n’est fait, la fontaine du Bodan va disparaître dans les ronces, les saules envahissent ce qui était autrefois une prairie fauchée vers la mi-juin et qui donnait ensuite une pature fraîche jusqu’à la fin de l’automne. Heureusement, l’association du patrimoine de Questembert a lancé sur FB un appel pour la rénovation de la fontaine. Il faut sûrement agir pour préserver la fontaine, mais, pour que la restauration soit durable, la démarche devrait s’étendre à tout le vallon, avec le ruisseau, la prairie humide et les haies qui en sont l’écrin.

On devine la fontaine dans les broussailles du vallon

Un ruisseau recalibré
Recalibré. Les travaux connexes sont la suite du remembrement, dont le premier objectif était de regrouper des parcelles dispersées : les nouvelles parcelles sont plus grandes, mais il faut y accéder et donc construire des chemins d’exploitation ; elles sont aussi encombrées de haies et talus, alors, faisons place nette avec nos bulldozers, quitte à laisser d’énormes tas de souches, superbes refuges pour les lapins jusqu’à ce qu’on les fasse brûler pendant des jours et des jours. Et puis certaines parcelles sont trop humides, elles sont traversées par des ruisseaux de rien qui s’égarent en méandres : mettons tout ça au droit, recalibrons 80 cm de large, 80 cm de profondeur. L’agrandissement des exploitations par absorption des plus petites a rendu inutiles une bonne part des chemins de remembrement. Et le drainage des parcelles trop mouillées par le recalibrage des ruisseaux n’a pas fait gagné beaucoup de surface agricole utile.

L’enfrichement des fonds de vallée
Ces ruisseaux recalibrés ne sont plus que des fossés de remembrement pour la plupart dans des fonds de vallée qu’il n’est plus rentable d’exploiter. Même en sollicitant les MAEC (Mesures AgroEnvironnementales et Climatiques) qui apportent des aides européennes non négligeables, mais tout à fait insuffisantes pour rendre la culture intéressante.
Et plus personne ne s’intéresse à ces vallons enfrichés, presque inaccessibles, sinon quelquefois les pêcheurs de truite pour qui ces maigres filets d’eaux restent des frayères quand ils ne sont pas trop encombrés.

Paiement pour services environnementaux.
Face aux défis de la transition écologique, les pouvoirs publics encouragent les paiements des services environnementaux (PSE) rendus par les agriculteurs. Une étude met en lumière la nécessaire complémentarité entre ces aides publiques, notamment les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) et les PSE versés par les agences de l’eau, et des financements innovants, publics comme privés.
Fond de vallée en voie de fermeture

Renaturation des ruisseaux
Je sais bien que l’expression technocratique agace ici ou là, mais l’agacement ne doit pas empêcher de regarder ce qui est fait. Par exemple, le ruisseau du Logo et son affluent de Serguin qui avaient subi la recalibration réglementaire du remembrement ont retrouvé leur lit naturel et leurs méandres. (à lire ici). Un petit bout du programme plus vaste mené par Eaux et Vilaine pour la restauration des milieux aquatiques du Tohon/St-Éloi.

La fontaine dans son écrin de verdure
Je ne sais pas si la renaturation du ruisseau du Bodan est dans les prochaines actions d’Eaux et Vilaine sur le bassin du Tohon/St-Éloi, mais je vois là une occasion d’un projet plus vaste autour de la préservation de la fontaine, un projet qui pourrait réunir les gens du coin, et bien sûr, en premier chef, les propriétaires des parcelles, l’association du patrimoine, les pêcheurs de la Truite Questembergeoise, et tous les amoureux de la nature. Je crois même qu’il serait possible de trouver des financements.

Heureux hasard : en préparant ce billet, je suis tombé sur un guide pour une restauration et une gestion écologiques des lavoirs et fontaines en Bretagne.
Il est ci-dessous.

Note : la photo du bandeau est prise du site de l'Association du Patrimoine de Questembert.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *